Marche chorégraphique : Brouiller les Pistes

Brouiller les pistes. Ralentir. Dévier. Se décaler légèrement, juste ce qu’il faut pour faire surgir de nouveaux récits et expérimenter de nouveaux sentirs.

Intentions générales.

« Brouiller les pistes » est le nom d’une marche collective qui propose à un large public, une expérience de dépaysement subtil, une inversion des rapports face aux espaces que nous habitons et traversons, et une variation des habitudes empruntées pour se mettre en lien avec les autres espèces vivantes que nous côtoyons, qu’elles soient humaines ou non. 

Ici, la marche est envisagée comme un geste pédagogique, chorégraphique, architectural, archéologique, géologique et écologique. Comme une occasion pour nous et le public d’expérimenter collectivement une multitude d’êtres et devenirs.

« Brouiller les pistes » est un projet de transmission et de sensibilisation, autant que de création artistique, d’enquête sur un territoire donné et de réappropriation d’espaces, de connaissances et de pratiques se tissant de manière collective au fil de la marche.

Le public est ainsi invité à être à la fois enquêteur, explorateur, observateur acteur et créateur. Les marcheuses et marcheurs sont les protagonistes de cette pièce itinérante qui a pour décors les espaces traversés.

Enquête. Transmission. Création. Réappropriation.

« Prenant en considération que les ruines nous demandent de cultiver ce que l’anthropologiste Anna Tsing appelle l’ «art d’observer» et l’ «art du récit», nous cherchons par différents moyens à élaborer et partager des pratiques de réenchantement et de réappropriation de nos corps, nos imaginaires et des milieux qui nous fabriquent ». (Isabelle Stengers)

L’un des enjeux de « Brouiller les pistes », est de réactiver des traces disparues du patrimoine matériel et immatériel d’un territoire donné. Après avoir cerné un territoire d’exploration, nous rassemblons toutes sortes d’informations, et de récits le concernant ; faits historiques, scientifiques, récits oraux, mythes, particularités, singularités, anormalités… Ces informations, nous les obtenons de part la documentation que nous lisons sur le territoire en question, la rencontre avec des habitant.e.s qui le peuplent et nos repérages sur place.

Nous établissons peu à peu une carte et un tracé en essayant de filer une thématique globale ainsi que des sous-thématiques pour différents tronçons et étapes du parcours. Les informations glanées tout au long de l’enquête sont rassemblées sur différents supports (textes, dessins, photographies, enregistrements sonores, vidéos, …) et peuvent donner lieu à des une installation mêlant ces différents médias, à une lecture poétique ou à l’intervention de la part d’un.e habitant.e, pour ne donner que quelques exemples. Elles donnent également forme au « topo-brouille », objet de transmission, support, et guide pour les marcheuses et marcheurs.

Le « topo-brouille » est un petit livret distribué en début de marche à chaque participant.e, et dans lequel on y trouve, ce que nous appelons des partitions. L’itinéraire final, soigneusement préparé, est rythmé par des balises numérotées, qui correspondent chacune à une partition.

Nous cherchons ainsi à transmettre sous différentes formes et temporalités des éléments qui constituent en partie les milieux traversés ou que ces milieux nous ont racontés. Ces éléments sont articulés à travers des partitions qui elles viennent d’un tout autre registre ; celui du champ chorégraphique et artistique.

Une partition peut être une suggestion d’attention pour un moment de marche, un instant de pause, une lecture à voix haute, une sieste collective, un exercice d’improvisation dansée, la traversée silencieuse d’une prairie, la visite d’une architecture, d’un monument, d’une ruine, …

Les partitions données, sont en majeure partie, des invitations à adopter un point de vue particulier, à focaliser sur une certaine sensibilité, à déplacer son regard habituel, et par là même son positionnement et son discours.

Le public plonge ainsi dans des propositions d’échauffement, de danse, de marche, d’improvisation et de composition collective qui s’adaptent en fonction des corps.

Ces déplacements et exacerbations attentionnelles deviennent la matière à partir de laquelle nous marchons. La marche devient un geste chorégraphique et active de nouveaux récits et imaginaires sur le territoire. Elle devient un geste qui réactive des mémoires, des connaissances, et des traces disparues. Un geste qui se réapproprie des territoires d’action, de pensées, d’être au monde… Un geste d’apprentissage. Un geste qui s’ajuste, invente d’autres rapports et fabrique de nouveaux récits. Un geste collectif, intime, visible et invisible. Un geste multiple.

Des marches à la mesure des territoires et des publics.

Cette nouvelle création, se fabrique sur mesure, et invite le public à suivre l’équipe artistique de Strates, dans une marche sensible allant d’une durée de quelques heures à plusieurs jours et généralement accompagnée par une topo-brouille, petit livret, servant de support et de guide à la marche, lui aussi créé sur mesure.

La difficulté de l’itinéraire, sa durée, son articulation avec des enjeux thématiques varie selon les contextes, territoires et participant.e.s. Car c’est là tout l’enjeu du projet, réussir à s’adapter et à proposer des parcours et des propositions sur mesure.

L’équipe artistique, en charge de guider le public, peu également varier et être augmentée par des complices de différents secteurs de connaissances (sciences sociales, biologie, géologie, ornithologie, astronomie, musicien.n.e.s, platicien.n.e.s, …) en fonction des envies et moyens à disposition. À minima, l’équipe artistique est constituée de deux à trois personnes ainsi qu’un.e photographe ou vidéaste.

Brouiller les Pistes #1 a eu lieu en Chartreuse les 11 et 12 Juillet 2020 , au départ de St Martin le Vinoux. Un évènement organisé dans le cadre de Paysage>paysages.

Cartouche-labellisation COURT

 

Pour cette occasion, nous avons invité les Ateliers de l’ntémonde, un collectif qui propose des ateliers de fabrication d’imaginaires enthousiastes et critiques du complexe techno-industriel. Les auteurEs, passionnéEs par la bidouille, recherchent des outils pour subvertir l’état des choses, développer des perspectives révolutionnaires et anti-autoritaires. .

D’autres éditions sont à venir…. promis!